Pratique du Kasala

Je vous emmène au cœur de l’Afrique et de ses traditions ancestrales pour vous parler du Kasala.

Au départ, il s’agit d’une tradition orale destinée à célébrer la personne, en stimulant son énergie intérieure, en la conditionnant mentalement pour relever des défis. Il s’agit d’un exercice public qui consiste à faire son portrait et à le déclamer.

Il y a une seule contrainte

L’amplification ! Chaque trait de votre personnalité doit être magnifié, exagéré, gonflé, sublimé, mais sans tomber dans le nombrilisme. Il faut se comparer aux plus grands de ce monde, aux éléments de la nature. L’humour et la dérision sont les bienvenus.

Vous allez ainsi transcender votre histoire, vos galères et vos déceptions, puis vous lirez le texte. La vitalité qui se dégage de ces écrits modifie notre rapport au monde et à notre environnement.

Pour les auditeurs, il n’est pas question de juger, mais d’écouter, de vibrer.

Lecteurs et auditeurs vont ainsi se libérer des poids du passé. La vie va soudain apparaître lumineuse et joyeuse et chacun se laissera ainsi submerger par une kyrielle d’émotions.

C’est à travers une thèse de doctorat sur cette tradition orale que Jean Kabuta a fait connaître cet art ancestral. Il a constaté, lors de nombreux ateliers en Europe et en Afrique, les effets multiples sur les auditeurs.

Un outil de développement de soi et de la société

On le trouve quasiment dans toute l’Afrique subsaharienne. Il existe deux grands types de kasala: le kasala de l’autre et le kasala de soi. On peut résumer ainsi les différentes idées que recouvre le concept kasala :

  • voyage vers l’autre et vers soi
  • parole enthousiaste, destinée à exalter et à mieux faire connaître la personne
  • lettre d’amour adressée à l’autre ou à soi-même, qui renforce l’estime de soi et améliore les relations interpersonnelles
  • poème qui invite la personne à occuper sa place légitime au monde
  • outil de connaissance de soi et d’éveil
  • expression publique et bienveillante de la personne
  • art d’illuminer les atouts, les potentiels, bref, de proclamer les bonnes nouvelles
  • force qui tire l’individu et la communauté vers le haut
  • attitude d’émerveillement devant la nature et le phénomène humain

Le public est indispensable

Pour cette écriture ou ce chant poétique de l’autre et de soi, la présence d’un public est indispensable. On s’aperçoit que c’est, précisément, au moment de l’énonciation en présence de l’autre, que le kasala surgit, qu’il existe.

Autrement dit, le kasala est réellement le produit de la rencontre, preuve qu’il préexiste en chacun et attend seulement ce moment pour s’actualiser. En ce sens, il est une œuvre  plurielle, qui révèle que chacun est porteur de beauté.

L’auto-louange est un texte éternellement inachevé qui peut se compléter à tout moment.

Proposition du jour

Prenez un moment pour vous, un moment de calme et de détente. Munissez-vous d’une feuille et rédigez votre auto-louange.

Vous devez exagérer vos traits de caractère mais sans tomber dans un nombrilisme extravagant.

Vous pouvez utiliser des lieux connus et/ou symboliques, des noms, des surnoms que l’on vous aura donnés, des comparaisons (je suis comme un…), des métaphores.

Laissez votre sensibilité remonter à fleur de peau.

L’auto-louange est un texte poétique dans lequel on peut trouver des répétitions qui donneront un rythme, des explications, des images, des émotions, de l’humour.

Vous pouvez vous inventer une filiation, introduire des références historiques ou géographiques.

Vous pouvez raconter votre histoire comme vous projeter dans le futur.

Tous les éléments utilisés depuis la décision de composer le texte, jusqu’à sa lecture publique correspond à un travail de sculpture intérieure. Les retouches que l’on y apporte sont le fruit d’un polissage de l’esprit.

C’est la raison pour laquelle l’auteur, au fur et à mesure qu’il perfectionne son texte, devient intérieurement plus beau. Il ressemble de plus en plus à son œuvre, dans tous les sens du terme, car plus il retouche son texte, plus il s’auto perfectionne. Il devient lui-même le poème qu’il a écrit.

Créer une auto-louange, c’est se créer soi-même et avancer sur le chemin de sa propre évolution.